HENRI DE TOULOUSE-LAUTREC, peintre, affichiste et lithographe



Genèse d’un peintre petit par la taille mais haut en couleurs


Rien ne destinait Henri Toulouse Lautrec issu d'une des plus anciennes familles nobles de France, les comtes de Toulouse de la région albigeoise à faire cette rencontre sulfureuse avec Montmartre et pourtant... Né à Albi, dans le sud-ouest de la France, il fera le choix de ne pas honorer sa lignée et de rompre avec la tradition familiale. Son infirmité causée par un système osseux d'une extrême fragilité serait à priori dûe aux facteurs héréditaires comme les mariages consanguins dans sa famille. Son enfance et adolescence, il les passera à se soigner dans de nombreux centres mais en vain, il devra vivre toute sa vie avec son handicap et sa petite taille. Malgré la douleur physique et psychologique, il était toujours prêt à rire et à faire rire certainement pour atténuer sa propre tristesse et l'angoisse de sa famille.

Toulouse Lautrec prend des cours à l’atelier Cormon à Montmartre


C'est à vingt ans en 1884 qu'il décidera de voler de ses propres ailes et de quitter le cocon familial pour se lancer à corps perdu dans la peinture. D'abord élève du professeur Léon Bonnat, portraitiste célèbre de la IIIème République, il suivra par la suite des cours à l'atelier Cormon au 10 rue Constance à Montmartre. Élève assidu, consciencieux, c'est donc dans la peinture plus académique qu'il fera ses premiers pas. Il aimait tout particulièrement l'œuvre de Degas, Renoir et Manet avant de s'intéresser à l'art nippon et aux caricatures d'André Gill. Au fil des rencontres et expériences dans ce Montmartre si atypique, sa personnalité et son art vont évoluer et s'affirmer.

A Montmartre, Toulouse Lautrec fait des rencontres et fréquente les cabarets


Contrairement à certains peintres montmartrois comme Maurice Utrillo qui faisait l’éloge du charme champêtre de la butte, ce qui va attirer Lautrec, ce sont plutôt ces coins sombres où l'être semble s'exprimer librement dans ses contradictions et ses parts d'ombres. Fidèle client, il videra ses nombreux verres dans les bals, les cafés concerts, les cabarets, les bordels de Paris mais surtout de Montmartre.
C'est dans ce quartier de tous les possibles avec ses artistes, ses déshérités, ses prostituées que Toulouse trouvera sa vraie place d'homme et d'artiste, même s'il lui a fallu un certain temps pour se faire pleinement accepter. Car Montmartre plus que nulle part ailleurs ne dévoile ses secrets qu'à ceux qu'ils l'ont d'abord observé puis apprivoisé.

De ces rencontres marquantes, des personnages hauts en couleurs, Lautrec trouvait en chacun d'eux un alter ego, un compagnon de route.

C'est en fréquentant le Chat noir qu'il fera la connaissance d' Aristide Bruant qui chante la misère et malmène la bourgeoisie.

Avec Van Gogh, il partagera sa passion pour la culture nippone mais surtout son côté marginal et torturé.

Avec la diseuse de fin de siècle, Yvette Guilbert par son jeu simple incarnait tous les personnages qu'il a immortalisé. Avec sa voix, sa gestuelle, son langage et sa prononciation parfaite elle donnait corps et voix aux pierreuses, vierges, femmes battues, hommes et femmes cocus, soûlardes et tant d'autres.

Avec la Goulue, cette danseuse du quadrille naturaliste (aujourd'hui appelé french cancan) de par son art agressait le public en dévoilant ses dessous et en faisant voler les chapeaux des bourgeois du bout de sa bottine. Ils auront cette même addiction à l'alcool mais surtout cette même audace à mettre la vulgarité en pleine lumière.Son affiche du Moulin Rouge les rendra célèbres et donnera une identité propre à cette danse qui libère du carcan social.

Lautrec est amoureux de littérature et des femmes


Sa manière de parler était tout aussi pittoresque que le personnage qu'il s'est crée, son zézaiement mêlé à des expressions méridionales et quelques mots anglo-saxons. On parla même de l'argot Lautrec dont lui seul avait le secret. Il inventait des mots et des expressions. Dans le domaine du langage, force est de constater qu'il aimait à se démarquer et à bousculer toute forme de règle. Grand amoureux de littérature, il aimait particulièrement Balzac, Baudelaire, Nietzsche. Il avait également un talent pour l'écriture mais qu'il n'a pas développé.

Mais Lautrec a aussi mis en lumière ces femmes tapies dans l'ombre des trottoirs et bordels sordides de la rue Steinkerque ou rue des Moulins. C'est dans leur intimité qu'il leur rendra hommage. Il disait même que c'est auprès d'elles qu'il se sentait le mieux, comme un refuge, cette présence charnelle dont il avait tant besoin qui le protégeait des agressions extérieures. Il avait ce don de voir la beauté, là où personne ne la voyait. Derrière les masques il voyait l'humanité. Il a aimé les femmes avec passion, elles ont été ses muses. Lui , qui certes avait eu beaucoup de maîtresses : Suzanne Valadon, Marie Charlet, May Belfort, Rosa la Rouge et tant d'autres mais qui restait malheureux et insatisfait en amour. IL avait cependant cette consolation de les avoir immortalisé dans ses œuvres.

Les adresse de Toulouse Lautrec à Montmartre


Dans Montmartre, Henri de Toulouse Lautrec aura eu de nombreuses adresses. Néanmoins, on peut en retenir deux principales. La première est l'atelier à l'angle de la rue Tourlaque et de la rue Caulaincourt où il vécut de 1886 à 1899 et la deuxième est située au numéro 15 de l'Avenue Frochot, près de Pigalle. Pénétrer dans son atelier, c'était tout un monde. Il vous montrait tout un tas d'objets hétéroclites venant pour la plupart de pays lointains mais aussi des costumes qu'ils vous invitait à essayer juste pour le plaisir du déguisement ou de se prendre en photo. Il aimait à cuisiner des bons petits plats à ses hôtes avec des produits de son terroir et vous faire goûter son cocktail explosif qu'il nommait « arc en ciel » (un mélange de vermouth, gin, cognac, vieux rhum et absinthe).

Toulouse Lautrec, affichiste et lithographe


Il se passionnera pour la lithographie où là aussi il inventera son propre style, il en simplifiera les traits nettement influencé par les estampes du célèbre artiste peintre, dessinateur, graveur japonais Hokusai que l'on surnommait « le vieux fou du dessin ». En effet, surtout dans le recueil Manga, Hokusai représentait des scènes de la vie quotidienne ainsi que des lutteurs, acrobates, contorsionnistes, animaux. Lautrec, lui aussi a passé une partie de sa vie à dessiner et peindre des artistes du monde du cirque et des chevaux et la vie quotidienne des habitants de Montmartre.
Les affiches de Lautrec représentant le chansonnier Aristide Bruant, Jane Avril et surtout la Goulue l'ont propulsé au rang de célébrité incontournable. L'affiche du Moulin Rouge est la quintessence de Montmartre, la montre dans toute sa splendeur et simplicité et reproduite à l'infini pour les boutiques de souvenirs parisiennes et montmartroises.

Toulouse Lautrec fera aussi un bon nombre de lithographies de menus pour des restaurants, lui qui aimait tant manger. Que ce soit dans la nourriture, l'alcool, les plaisirs charnels, son art, il a vécu dans l'excès, dans la démesure. Son appétit féroce de la vie l'a emmené à sombrer dans l'abîme les dernières années de sa vie. Son œuvre digne d'un monde clownesque et carnavalesque, il était ce saltimbanque, ce clown qui toute sa vie a porté le masque de la bonne humeur à travers ses déguisements et ses pitreries. Jules Renard disait de lui « Plus on le voit plus il grandit ».Par son humour, son regard plein de malice il savait faire oublier son infirmité. Mais il n'a pu empêcher ces regards moqueurs, ces paroles blessantes dont il a été la victime toute sa vie durant surtout de par des personnes qui ne le connaissait pas. Mais il ne laissait rien paraître et avait toujours ce détachement et cette phrase piquante et gardait cette attitude digne de celui a déjà trop souffert mais qui a décidé de faire de sa vie un art de jouer plutôt que de subir.

Fin de vie d’Henri de Toulouse Lautrec


Henri mourut en septembre 1901 au Château Malromé à Saint-André-du-Bois, lieu de cure, aux côtés de sa famille loin de ce quartier de Montmartre qu'il aimait tant et à qui il a tout donné. Il a eu la tuberculose et était victime d’attaques nerveuses à la fin de sa vie. Avec lui s’éteignait les fastes de la Belle Époque, un nouveau monde était en train de naître. Alors pour se consoler, on s'imagine de le rencontrer au dédale d'une rue pavée, son chapeau melon sur la tête, sa canne et sa démarche de canard boiteux, la barbe imbibée d'alcool, le nez rouge mais le regard perçant, de ces regards qu'on n’oublie pas, capable de lire en vous comme dans un livre grand ouvert. Retournons ensemble sur les pas d’Henri de Toulouse Lautrec lors de la visite guidée des peintres de Montmartre.


Pour en savoir plus

Henri de Toulouse Lautrec de Laure-Caroline Semmer

Toulouse-Lautrec : Une esthétique de la vie moderne de Sylvie Girard-Lagorce

Lautrec Valadon de Yonnick Flot

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