Maurice Neumont à Montmartre : le graveur patriote
Maurice Neumont (1868-1930) est un affichiste, graveur et lithographe français qui vécut à Montmartre. Connu pour ses affiches patriotiques réalisées durant la Première Guerre mondiale, il participa également à la fondation de la République libre de Montmartre et laisse encore aujourd'hui son empreinte sur la Butte.
Maurice Neumont, un artiste à la formation académique
Né le 22 septembre 1868 dans le 4e arrondissement de Paris, Maurice Neumont n’est pas l’un des artistes montmartrois les plus connus du grand public. Au contraire des avant-gardistes du mouvement impressionniste et de ses dérivés, il est issu d’un courant plus classique : celui de la peinture académique, aussi appelé “style pompier” par dérision. Il fut en effet l’élève de Jean-Léon Gérôme (1824-1904) lors de ses études à l’École des beaux-arts de Paris, puis exposa quelques dessins, peintures et lithographies (gravures sur pierre) au Salon des artistes français entre 1901 et 1912.
Maurice Neumont et la presse
Comme de nombreux graveurs en ce début du XXe siècle, Neumont devint collaborateur d’un journal. Il s’agit en l’occurrence du Fin de siècle (1890-1910), un périodique semi-hebdomadaire consacré aux actualités et à la culture. Il y illustra des auteurs appartenant à un mouvement nommé le “décadentisme”, qui consiste en un attrait pour l’irrationnel, la mort et le mystère, et en un rejet de la science.
En 1903, Neumont entra à la Société des peintres-lithographes en tant que membre du comité de direction, aux côtés de son homologue Charles Léandre (1862-1934), auquel une voie cachée de la Butte Montmartre rend hommage.
Maurice Neumont : l’affichiste de la guerre
Pendant la Première Guerre mondiale, Neumont réalisa plusieurs affiches au service de la propagande nationale. C’est notamment le cas de Le Grenadier (1915), réalisée au crayon lithographique, ce qui lui donne des allures de croquis. Cette affiche inspirée des grandes peintures d’histoire a pour but de glorifier le soldat et de mettre en valeur les combattants des tranchées. Elle fut d’ailleurs utilisée par le Parlement lors de la “quête de Noël des Poilus”, les 25 et 26 décembre de la même année. Pour ce qui est des affiches en couleurs, citons On ne passe pas ! (1918), illustrant l’opposition nationale à la “paix blanche”, autrement dit une paix qui épargnerait l’Allemagne de toute sanction en cas de victoire française.
Neumont réalisa par ailleurs plusieurs couvertures pour le journal hebdomadaire La Baïonnette, créé en 1915 pour participer à la politique du soutien moral des Français pendant le conflit mais qui évolua rapidement en publication satirique dénonçant et se moquant de l’encadrement militaire et des profiteurs de guerre. Par son engagement en faveur de la cause militaire, Neumont se plaça donc à l’extrême opposé de Jules Chéret(1836-1932), qui préféra représenter des scènes légères de la Belle Époque en dessinant des femmes vêtues à la mode de l’époque.
Maurice Neumont après la guerre
Après la fin du conflit, Maurice Neumont poursuivit des activités plus classiques, en illustrant notamment 56 menus de la Société artistique et littéraire Le Cornet, dont il faisait lui-même partie, entre 1904 et 1929. Il fut également l’un des cofondateurs de la République (libre) de Montmartre en 1920-1921, aux côtés de Francisque Poulbot (1879-1946), Jean-Louis Forain (1852-1931), Raoul Guérin et Adolphe Willette.
Dailleurs, sa maison, que l'on peut encore admirer aujourd'hui Place du Calvaire, derrière la place du Tertre, fut le premier siège de la République de Montmartre.
Neumont exposa au Salon des humoristes en 1923 et fut fait chevalier de la Légion d’honneur (certaines sources indiquent toutefois qu’il avait déjà reçu ce titre dès 1914).
L’héritage de Maurice Neumont à Montmartre
Maurice Neumont reste encore aujourd’hui une figure méconnue de la Butte Montmartre. Une plaque lui rend toutefois hommage au 1, place du Calvaire, à côté de sa maison à l’architecture Art nouveau, où il mourut le 10 février 1930, à l’âge de 61 ans. N’hésitez pas à aller la voir de plus près lorsque vous vous promènerez sur la place du Tertre !
Contrairement à Edgar Degas et d’autres figures de la même époque, Neumont n’est pas enterré au cimetière de Montmartre ou au cimetière Saint-Vincent mais au cimetière des Batignolles (26e division), dans le 17e arrondissement de Paris.
Retour à la page des peintres de Montmartre