Eugène Fromentin à Montmartre : un peintre du “Grand Montmartre”


Eugène Fromentin, un peintre paysagiste


Né le 24 octobre 1820 à La Rochelle, Eugène Fromentin est issu d’une famille aisée ; son père était médecin mais aussi peintre amateur. Il grandit dans un hôtel particulier. Arrivé à Paris en 1839, il obtient sa licence de droit en 1843 et reçoit de son père l’autorisation de rejoindre l’atelier du paysagiste Jean-Charles Rémond (1795-1875), qu’il quitte rapidement pour celui de Louis-Nicolas Cabat (1812-1893), membre de l’École de Barbizon.


Eugène Fromentin et l’orientalisme


En 1846, Fromentin visite l’Algérie avec deux amis, à l’insu de sa famille. Il remplit ses carnets de croquis des paysages et des habitants de l’Afrique du Nord, ce qui le place dans le mouvement de l’orientalisme, alors très en vogue suite aux dessins envoyés par le peintre Prosper Marilhat au Salon de Paris de 1844.

Inspiré par ce nouvel univers, Fromentin envoie trois tableaux au Salon de 1847 (tous admis à l’unanimité), dont Mosquée près d’Alger et Cavaliers à l’entrée des gorges de la Chiffa. Il obtient une récompense de deuxième classe pour Femmes d’Alger au Salon de 1849, puis une médaille de première classe en 1859. Il continuera à y participer régulièrement jusqu’à sa mort en 1876.

En 1852, il participe à une mission archéologique avec son épouse, ce qui lui permet d’accroître le réalisme de ses toiles : il ne s’intéresse pas seulement aux paysages et aux personnages mais aussi aux mœurs de ceux qu’il représente. On considère aujourd’hui que son œuvre picturale a transcendé la simple dimension artistique et qu’elle a servi de contribution à l’ethnologie.


Eugène Fromentin en littérature


Tout comme Théophile Gautier, auteur du Roman de la momie en 1858, les voyages de Fromentin en Afrique du Nord lui inspirent également des ouvrages. En 1854, il publie dans la Revue de Paris son récit de voyage "Un été dans le Sahara" ; puis, en 1856, il commence à écrire Une année dans le Sahel, d’abord publié par L’Artiste et ensuite dans la Revue des Deux Mondes.

Outre ces récits d’aventure, Fromentin publie également dans cette même revue Dominique (1862), un roman autobiographique inspiré d’un amour impossible de sa jeunesse pour une voisine mariée, qu’il dédicace à George Sand. Peu prolifique, il présente toutefois sa candidature à l’Académie française mais y échoue le 8 juin 1876, car les Immortels lui préfèrent Charles Blanc, un critique d’art ayant rédigé une Histoire des peintres de toutes les écoles en 14 volumes, de 1861 à 1863. Malade, Fromentin meurt quelques semaines plus tard, le 27 août, à l’âge de 55 ans, après être retourné dans sa région natale.

Eugène Fromentin, un précurseur de l’impressionnisme ?


Fromentin ne peut pas être considéré comme un peintre impressionniste, autant par ses choix esthétiques que par son âge ; de même qu’Édouard Manet, il appartient à la génération précédant Monet, Renoir, Gauguin, Van Gogh… Cependant, il a joué un certain rôle (à titre posthume) dans les réflexions qui entourent l’héritage de ces peintres et dans l’analyse contemporaine de leurs œuvres.

Quelques mois avant sa mort en 1876, Fromentin a en effet publié Les Maîtres d’autrefois, un ouvrage consacré aux peintres flamands et hollandais (Rubens, Rembrandt, Van Dyck, Hals, Potter…), que l’on considère aujourd’hui comme un classique de l’histoire de l’art.
Plutôt que de s’intéresser à la seule technique, Fromentin y aborde également les sujets de la lumière, de l’atmosphère, de la perception du spectateur et de la personnalité des artistes. Cette approche étonnamment moderne influencera ensuite de nombreux critiques d’art ; mais cette question de la lumière est aussi au centre du travail des impressionnistes eux-mêmes, dont le premier Salon a été organisé seulement deux ans avant la publication de cet ouvrage.

De plus, le Musée d’Orsay conserve plusieurs œuvres majeures de Fromentin, notamment Le Pays de la soif et Chasse au faucon en Algérie : la curée. Ceci permet de mettre en contraste les deux faces d’une même pièce : d’un côté, les grands paysages désertiques d’Afrique du Nord ; de l’autre, les terrasses et cafés-concerts montmartrois animés.


L’héritage d’Eugène Fromentin à Montmartre


Contrairement à d’autres peintres plus tardifs, Fromentin n’a pas vécu directement sur la Butte Montmartre mais un peu plus bas, au 4, rue de Laval (actuelle rue Victor-Massé), non loin d’un autre paysagiste célèbre, à savoir Narcisse Díaz de la Peña (1807-1876).
Fromentin s’est vraisemblablement installé dans ce quartier de la Nouvelle-Athènes en 1852, peu de temps après son mariage. Contrairement à son homologue enterré au cimetière de Montmartre, Fromentin repose aujourd’hui au cimetière de Saint-Maurice à La Rochelle. Il a toutefois eu droit à un hommage dès 1879 lorsque la rue Neuve-Fontaine-Saint-Georges (9e arrondissement) a pris son nom.

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