Horace Vernet, un peintre reposant au cimetière de Montmartre


La lignée d’Horace Vernet


Né le 30 juin 1789 à Paris, Horace Vernet est issu d’une “dynastie” de peintres : son père, Carle Vernet (1758-1836), était lui-même le fils de Claude Joseph Vernet (1714-1789), réputé dans tout le royaume de France pour ses marines. Par ailleurs, son grand-père maternel, Jean-Michel Moreau (1741-1814), fut un graveur très prolifique ; enfin, il est le neveu de l’architecte Jean-François-Thérèse Chalgrin (1739-1811), notamment connu pour sa contribution à la façade de l’église Saint-Sulpice et pour le lancement de la construction de l’Arc de Triomphe de l’Étoile. Horace grandit donc dans un environnement propice à la création artistique.


Horace Vernet, un peintre précoce


Formé dans l’atelier de son père, Horace rencontre Théodore Géricault (1791-1824) qui rend souvent visite à Carle. Les deux jeunes peintres deviennent amis : c’est probablement ce qui donnera ses tons romantiques aux œuvres d’Horace. Après avoir intégré l’École des beaux-arts de Paris, celui-ci remporte le prestigieux prix de Rome en 1810 et se marie l’année suivante. Pour répondre aux besoins financiers créés par cette union précoce (il n’a que 22 ans), Horace se met à peindre toutes sortes d’œuvres : créations de mode, caricatures, portraits, chevaux (à la manière de Carle) et paysages (à la manière de Joseph), etc. Il contribue même au Journal des dames et des modes, l’une des premières revues de mode illustrées françaises, entre 1811 et 1815.


Horace Vernet et la peinture au gré des changements de régime


Horace est un bonapartiste fidèle ; en 1812, il fait ses débuts au Salon avec La Prise d’un campement fortifié près de Glatz, commandé par Jérôme de Westphalie, frère de Napoléon. Très impressionné par son talent, Jérôme lui commandera également un portrait équestre. En 1814, Horace n’hésite pas à faire partie des défenseurs civils de Paris contre les alliés qui approchent, épisode qu’il représentera plus tard dans La Barrière de Clichy (1820, Louvre) et qui lui vaudra d’être fait chevalier de la Légion d’honneur en décembre de la même année.

Horace ayant été chargé de peindre plusieurs portraits de l’empereur avant son éviction, son atelier sert de lieu de rencontre aux artistes mais aussi aux vétérans hostiles au gouvernement des Bourbons sous la Restauration (1815-1830). Certaines de ses peintures sont rejetées du Salon de 1822 en raison de leur caractère prétendument antiroyaliste mais attirent de nombreux visiteurs dans son atelier. Malgré la démonstration de son culte de Napoléon, qui durera encore plusieurs années (Bataille d’Iéna, 14 octobre 1806, est peint en 1836), il reçoit toutefois le soutien de Louis-Philippe, alors duc d’Orléans, et devient officier de la Légion d’honneur en 1825 puis membre de l’Institut en 1826, et enfin directeur de l’Académie de France à Rome entre 1829 et 1834, poste qu’il cède au célèbre Ingres (1780-1867).


Horace Vernet et l’Orient


Louis-Philippe, qui accède au pouvoir par la Révolution de juillet 1830, envoie Horace en Algérie (dont la conquête vient de commencer) trois ans plus tard. Doté du statut de peintre officiel, il est accompagné de deux bataillons lors de ses déplacements. Fasciné par l’armée française, il l’est tout autant par leurs adversaires valeureux et leurs costumes pittoresques. Toutefois, ses peintures ont pour objectif d’alimenter la propagande colonialiste, c’est pourquoi il s’attache à représenter uniquement l’aspect glorieux de la conquête de l’Algérie.


Durablement marqué par ses découvertes, qui s’étalent sur cinq longs séjours en 20 ans, Horace se met à compiler une documentation qu’il exploite pour créer ses grandes toiles exposées dans les Galeries historiques du Château de Versailles. Citons notamment la Prise de la smalah d’Abd-el-Kader (1844) qui, par ses dimensions hors du commun (21,39 m de large et 4,89 m de haut), est considéré comme le plus grand tableau du XIXe siècle. Mais cette peinture divise : vivement critiqué par Baudelaire (“M. Horace Vernet est un militaire qui fait de la peinture [...] [dont la] popularité [...] diminuera à mesure que les peuples se feront d’autres joies”), l’art de Vernet est en revanche grandement défendu par Théophile Gautier, grand amateur d’orientalisme.


Les dernières années d’Horace Vernet


Profondément marqué par la mort de sa fille Louise à l’âge de 31 ans, en mémoire de laquelle il peint L’Ange de la Mort en 1851, Horace est peu affecté par les changements de régime suivants. Bien qu’ayant bénéficié du patronage du tsar de Russie Nicolas Ier, il accompagne l’expédition française qui fait la guerre de Crimée en 1854. L’année suivante, lors de la première Exposition universelle organisée à Paris, il occupe une salle entière, tout comme Ingres, et reçoit la médaille d’honneur.

Après s’être constitué une certaine fortune, Horace acquiert un terrain en banlieue de Hyères (près de Toulon) et s’y fait construire un vaste château médiéval à l’aspect éclectique. Après la mort de sa première femme, Louise, en 1858, il se remarie avec Amélie Fuller, fille d’un lieutenant général de l’armée britannique. Il tombe malheureusement malade et Napoléon III lui écrit personnellement en décembre 1862 afin de lui remettre la croix de Grand officier de la Légion d’honneur “comme au grand peintre d’une grande époque”.

Revenu précipitamment à Paris, Horace Vernet meurt le 17 janvier 1863, à l’âge de 73 ans. A l'instar du peintre Edgar Degas, il est inhumé au cimetière de Montmartre, Horace Vernet se trouve dans la 5e division.

Au moment de sa mort, Horace Vernet est l'artiste le plus célèbre de France, membre de trente académies, admiré et imité dans toute l’Europe, et profondément ancré dans la culture populaire. “Il était un homme d’esprit, caractère aimable, une nature droite, honnête, loyale, vive et sensée.” (Sainte-Beuve)

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