L'atelier d'Alfred de Dreux à Montmartre


Alfred de Dreux, l'un des plus grands peintres équestres du XIXᵉ siècle


Parmi les personnalités qui ont eu leur atelier à Montmartre figure un artiste aujourd'hui moins connu du grand public, mais admiré en son temps dans toute l'Europe : Alfred de Dreux (1810-1860). Spécialiste des portraits équestres, il s'est imposé comme l'un des plus brillants peintres de chevaux du XIXᵉ siècle, au point d'être recherché par les grandes familles aristocratiques françaises, anglaises et russes.

Ses tableaux témoignent d'une remarquable maîtrise du mouvement, de l'anatomie animale et de l'élégance des scènes de chasse, de promenade ou de compétition. À travers son œuvre, Alfred de Dreux incarne l'art de vivre de la monarchie de Juillet et du Second Empire.

Une famille d'artistes


Né à Paris en 1810, Alfred de Dreux grandit dans une famille d'artistes. Son père, Pierre-Anne Dedreux, est un architecte renommé, tandis que son cousin Pierre-Joseph Dedreux-Dorcy est lui aussi peintre. Très tôt, Alfred se destine à la peinture et manifeste un talent particulier pour la représentation des chevaux.

Très tôt, il entre dans l'atelier d'Théodore Géricault, dont l'influence sera déterminante. Auteur du célèbre tableau *Le Radeau de La Méduse*, Géricault est également considéré comme le plus grand peintre de chevaux de son époque. Il transmet à son jeune élève son goût pour l'observation minutieuse des animaux et son sens exceptionnel du mouvement.

Cette filiation artistique explique en grande partie la qualité des œuvres d'Alfred de Dreux, qui poursuivra cette tradition tout en développant un style plus élégant et mondain.

Le peintre favori de l'aristocratie européenne


Sous la monarchie de Juillet puis le Second Empire, Alfred de Dreux devient le portraitiste privilégié de la haute société.

Les grandes familles lui commandent leurs portraits à cheval, symbole de prestige, de puissance et de raffinement. Il travaille notamment pour Louis-Philippe Ier et plusieurs membres des familles royales européennes.

Ses chevaux semblent toujours saisis dans un mouvement naturel : cabrés, au galop ou au pas, ils révèlent une parfaite connaissance de l'anatomie équine. Plus qu'un simple portraitiste, Alfred de Dreux sait restituer la personnalité de ses modèles à travers leur monture, faisant du cheval un véritable prolongement de son cavalier.

Un artiste admiré par ses contemporains


Alfred de Dreux expose régulièrement au Salon de Paris, où ses tableaux rencontrent un vif succès. Son talent est salué tant par les amateurs d'art que par les connaisseurs du monde équestre.

Son œuvre influence durablement la peinture animalière française. Aujourd'hui encore, ses tableaux sont conservés dans de prestigieuses collections publiques, notamment au Musée du Louvre, où est conservé son célèbre Étalon arabe, au Musée de l'Armée qui possède notamment le Portrait équestre de Napoléon III, au Petit Palais, au Musée Condé, ainsi que dans plusieurs musées des beaux-arts français, comme ceux de Musée des Beaux-Arts de Bordeaux, Musée des Beaux-Arts de Dijon ou Musée d'Art et d'Histoire de Narbonne. À l'étranger, ses œuvres sont également présentes dans les collections du Victoria and Albert Museum et du Metropolitan Museum of Art. Elles apparaissent régulièrement sur le marché de l'art, où elles demeurent très recherchées par les collectionneurs.

L'atelier d'Alfred de Dreux à Montmartre


En 1852, Alfred de Dreux ouvre son atelier au 26 rue de Douai.
Aujourd'hui située dans le 9ᵉ arrondissement, cette rue faisait alors partie de la commune de Montmartre. Le peintre s'installe ainsi aux portes de la Butte, dans un quartier qui attire déjà artistes, collectionneurs et amateurs d'art. C'est dans cet atelier qu'il poursuit sa brillante carrière de peintre équestre et reçoit les commandes de l'aristocratie française, britannique et européenne, réalisant plusieurs de ses œuvres les plus célèbres.


Un héritage toujours vivant


Même si son nom est aujourd'hui moins célèbre que celui de Géricault, Alfred de Dreux demeure une référence incontournable dans l'histoire de la peinture équestre. Son sens du dessin, son élégance et sa connaissance exceptionnelle du cheval continuent de fasciner historiens de l'art, collectionneurs et amateurs d'équitation.

Alfred de Dreux est l'élève direct de Théodore Géricault, qui fut l'un des grands héros des artistes romantiques.
Or, quelques décennies plus tard, Edgar Degas qui repose au Cimetière de Montmartre, collectionnera les dessins d'Alfred de Dreux et s'inspirera de sa représentation du cheval et des scènes équestres.

Aujourd'hui, l'ancien atelier de la rue de Douai rappelle que Montmartre attirait déjà de grands artistes bien avant l'époque des impressionnistes et des cabarets. En choisissant d'y installer son atelier, Alfred de Dreux participe à cette première génération de créateurs qui contribuèrent à faire de la Butte un haut lieu de la vie artistique parisienne. Son œuvre demeure l'un des plus beaux témoignages de la peinture équestre française du XIXᵉ siècle.

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